Type d'art :
Photo numerique couleur
Thème :
Abstrait, Architecture, Scène d'intérieur.
Mots-clefs :
architecture
memoire
Dimensions :
60 X 150 X 1 cm
Description :

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu en rentrant dans une école une certaine appréhension ; tout d’abord ces portes gigantesques, ce bruit répercuté sur chaque mur, du simple frôlement de souliers aux cris d’enfants se ruant à travers les couloirs, enflant à l’infini ; aussi cette impression étrange de ne plus s’appartenir, d’être soudain happé dans le ventre mou de ces monstres aux angles élimés, aux parquets sculptés par tant de passages, baskets ou godillots, et quand enfin je me retrouvais assis, comme à chaque rentrée des classes, toujours le siège qui m’accueillait n’était qu’une forme de fesses trop large, bois lisse, usé, imprimé d’ennui et d’impatience. Les odeurs qui m’assaillent, encore de ce moment, sont chargées de soleil, des bois chauffés, et racornies par l’absence, accompagnées d’odeurs singulières, n’appartenant qu’à ces murs : craies, bois mouillé, crasse accumulée, vagues odeurs de cantines : mélange de choux, et de caoutchouc, de transpiration aussi, sorte de partage tacite de notre condition d’enfants, mélanges sans concession des courses effrénées de la cour, de l’appréhension de la prochaine récitation ou du contrôle de maths...... Elles sont là, encore, suintants des murs de chaque école que j’ai pu visiter, participantes de la lumière, de son “goût”, de son silence aussi - : celui des fins de journées où craque le parquet, racontant comme un murmure, les déambulations des élèves renvoyés pour une raison ou une autre à travers les couloirs sans fin, récompense ou punition (de celles, ou debout derrière les portes les élèves avaient à toujours montrer la silhouette de leurs corps) c’était là alors, sur ces parois que s’incrustait dans la chair du bois des portes, ou même parfois sur les murs à portée de mains, que s’accumulaient nos messages, et ce avec n’importe quels outils, de la plume, au compas, voir même a l’ongle, “Dazibao”vengeurs ou rêveurs, condensés des petites histoires des lieux, mémoires indélébiles, souvent répétées sur les planches des bureaux, créant ainsi un carnet de voyage, voire une géographie incertaine, des pérégrinations de certains... Odeur de craie, de poussière collantes, qui laisse sous les doigts cette porosité ... celle la même, gisante toujours sur le tableau, noir ou vert, grand cyclope à la paupière fermée, qui, pire que la feuille blanche d’aujourd’hui, semblait dans sa somnolence impatiente vous écraser de toute sa rectangularité,.. à moins bien sûr que vous ne sachiez la leçon..... Odeurs des jours de pluie, quand le parquet mouillé, luisant, glissant, s’accompagne des recommandations appuyées des professeurs, ”NE COUREZ PAS!!!”, il me reste de ce temps encore cet immobilisme faussement figé, ou chaque occasion de courir se faisait dans le rire, comme un vol puéril, dérobé à la vigilance de nos “gardes”, premiers pas de désobéissance, anarchie d’enfants... À chaque coin de couloir, j’éprouve encore le besoin de me pencher, de faire malgré moi le guet, et ce, ici, dans ces lieux où j’observe ces enfants qui avec défiance me jettent ce regard que je jetais déjà aux adultes de l’époque.... emplie de la question fondamentale... : ”prof ou parent - connivence ou punition?” C’est de tout cela que les murs de chaque école sont chargés, comme l’humidité d’un rêve à jamais reproduit, pareils à ces cauchemars récurrents d’enfants, d’une génération à l’autre, message différent certes mais combien similaire, cette mémoire collective incrustée dans le ciment, de bois, de papiers.... Il y a tant de choses à dire, de ces fenêtres, toujours ouvertes vers un ailleurs qui semblait nous appeler, murmures indistincts qui réclamaient parfois” toute”notre attention....